Il y a quelques jours, un ancien client m’a recontacté. Dix ans après notre première collaboration.
À l’époque, vers la fin de 2015, il m’avait commandé des strips de bande dessinée sur une plateforme de microservices.
Aujourd’hui, après une décennie, il revient pour une nouvelle commande !
Je ne m’attendais pas à ce que cette simple demande me fasse autant réfléchir au chemin parcouru.
Au fait, mes premiers pas comme freelance remontent à beaucoup plus loin. J’étais encore au lycée, entre 1990 et 1993.
À l’époque, je passais mes week-ends avec un pinceau à la main, à peindre et à lettrer les enseignes et les façades de commerces, dans les rues de ma petite ville natale.
Pas de tablette graphique. Pas de Photoshop. Pas d’impression numérique. Pas d’IA. Et pas vraiment Internet, tel qu’on le connaît aujourd’hui, non plus.
Depuis, les outils ont changé.
Moi aussi, probablement.
Mais pas tant que ça. Je dessine toujours de la BD.
Et même si, aujourd’hui, ce n’est plus mon activité principale, je continue à accepter des projets parce que j’aime profondément ce métier. Tout simplement.
Avec le temps, j’ai aussi découvert une chose assez particulière : dessiner de la bande dessinée pour une entreprise, ce n’est pas simplement… dessiner.
Il faut d’abord comprendre.
Comprendre le métier du client. Son vocabulaire. Ses contraintes. Ce qu’il essaie réellement de faire passer. Et souvent, il faut aussi expliquer ce qu’on fait.
Parce qu’une entreprise sait assez facilement acheter une imprimante, un logiciel, une prestation de conseil ou un audit. Mais acheter des vignettes et des planches de BD, c’est une autre paire de manches !
Comment évaluer un bon découpage ? Une idée de mise en scène ? Un personnage qui fonctionne ? Le temps nécessaire pour transformer un sujet complexe en quelques cases lisibles et efficaces ?
C’est une partie du travail que l’on ne voit pas forcément. Le dessin n’est que la partie émergée, finalement.
Le reste se fait dans les échanges, les essais, les corrections, les discussions et cette forme de traduction permanente entre deux univers : celui de l’entreprise et celui de la narration graphique.
Et puis il y a les petites choses qui font vraiment plaisir :
Un client qui revient dix ans plus tard. Une équipe qui découvre les premières planches et dit : « C’est exactement ce qu’on avait en tête. » Ou, parfois, un client qui estime spontanément que le travail mérite d’être mieux valorisé et propose de revoir le budget… à la hausse !
Pour moi, ce ne sont pas que des signes de satisfaction. Ce sont surtout, bel et bien, des signes de confiance.
Les outils ont énormément évolué depuis mes premiers coups de pinceau. Les logiciels continueront d’évoluer. L’IA aussi. Mais il y a une chose que j’espère ne jamais perdre :
le plaisir d’écouter quelqu’un parler de son métier, de chercher à le comprendre… puis d’essayer de le raconter en quelques dessins.